Navigation avec Voiles et Voiliers et Olivier Petit Architecte du Rebelle

Après un chantier de sept ans et d’importantes modifications que nous vous avions expliqué dans Voiles et Voiliers, Rebelle, un des trois emblématiques Glénans 33 de l’école au liseré rouge, vient tout juste d’être remis à l’eau à Lorient. Avant son départ pour le Portugal où il redeviendra voilier école, son architecte d’origine Olivier Petit, a navigué à bord. Nous avons recueilli ses impressions.

En 2011  Camille Carrée, ancien moniteur de l’école des Glénans et ex-participant aux championnats du monde Laser (2000) achète à la célèbre école de l’archipel le Glénans 33 baptisée Rebelle . Son nom n’a pas changé mais depuis, Camille, sa compagne Aurélie et une bande de copains ont assuré près de 8000 heures de travail sur ce bateau très symbolique pour tous ceux qui ont navigué aux Glénans et qui avait fait sensation à l’époque.

Car la surprise fut mauvaise aux premiers ponçages de la coque alu. Ce 10 mètres construit en 1995 au chantier JFA de Concarneau tient alors plus de l’épave. Pour mémoire, à l’époque JFA avait alors sorti deux sisterships de ce prototype destiné à devenir le navire amiral de la flotte des Glénans. Il avait été spécialement dessiné par Luc Bouvet et Olivier Petit, auteurs de prestigieux voiliers comme le voilier d’expédition Tara ou Ecureuil-d’Aquitaine II avec lequel Titouan Lamazou remporta le premier Vendée Globe, en 1990.

Une coque devenue anode géante

« Seul le moteur était à peu près bon » ,
se souvient Camille Carrée, 35 ans.
« La coque, rongée par l’électrolyse, ne tenait plus que par la peinture, à certains endroits. Mal entretenue, elle s’était transformée en une anode géante avec des pertes électriques partout, mais bien cachées ! »

La quille a été préservée. Après réflexion, Camille a renoncé à installer le double safran préconisé par l’architecte. « Ça aurait été mieux, c’est sûr, admet le moniteur.Mais ce voilier va continuer à faire de l’école de voile, au Portugal. Deux safrans désaxés, c’est moins sécure qu’un seul dans l’axe de la quille qui sert de tampon, du coup, en cas de mauvaise rencontre. »

Le moniteur et l’architecteont effectué les premiers tests en mer au large de Lorient.

Tant qu’à tout refaire, Camille contacte à l’époque l’architecte Olivier Petit, qui accepte de lui dessiner des améliorations. Un bout-dehors de 1,30 mètre est ainsi installé tandis que la bôme est allongée de 4,50 mètres à 5,30 mètres. Au près,Rebelle porte désormais 71 mètres carrés de voilure contre 51 à l’origine. Au portant, avec maintenant un gennaker, on passe de 115 à 160 mètres carrés de toile. Deux bastaques remplacent le pataras d’origine tandis que le cockpit est élargi, avec une barre d’écoute reculée de 80 centimètres, nouvelle bôme oblige.

Plus de toile, plus de confort

L’étai de Rebelle a été avancé de 45 centimètres et deux barrots de renfort ont été rajoutés. Mais c’est tout, à l’intérieur. C’est « tout », ou presque, puisque la console centrale a été équipée d’une table à cartes incurvée et rehaussée d’un pan vertical sur lequel vient se mettre l’électronique du bord.

Question confort, une pompe électrique est venue équiper l’évier et un four a été installé. Luxe inimaginable pour les Glénans de l’époque ! En déplaçant des cuves, les volumes de couchettes ont été augmentés et il y en a six bannettes désormais, au lieu de huit du temps de l’école à la dure.

Mais la double descente de roof a été préservée : «  une idée géniale  » dit Camille, «  C’est vrai que ça ne se faisait pas trop à l’époque sur un bateau de cette taille, précise Olivier Petit . Mais pour une école de voile, avec beaucoup de mouvements à bord, c’était intéressant. Et du coup, nous avions mis un vrai piano central entre les deux descentes, avec une solide barre d’appui tout autour pour que les stagiaires s’agrippent bien et qu’ils ne partent pas trop manœuvrer sous le vent ! Ce qui permet aussi de centrer les poids. »

A l’époque de sa sortie (1995), Le Rebelle avait des formes et un plan de pont futuristes.

Voilà pour la théorie. Pour la pratique, la scène s’est déroulée le week-end dernier. À peine mis à l’eau et gréé, Rebelle a embarqué son « père » pour une virée «inaugurale» au large de Lorient. Un timide zéphyr traîne ce jour-là autour de Groix, permettant au voilier relooké de montrer ses nouvelles capacités à bien progresser, même par petit temps.

« C’est vrai que c’est différent ! admet rapidement l’architecte qui se souvient de ses premiers essais, au large de Concarneau : Le Glénans 33 d’origine avait tendance à se scotcher dans les molles. ll était taillé pour la brise et pour la sécurité. Aujourd’hui, ça glisse tout seul  ».

Effectivement, avec 8 nœuds de vent à peine, au bon plein, Rebelle frôle rapidement avec la barre des 5 nœuds puis accélère dès qu’on tire la barre, gennaker envoyé. Les nouvelles polaires de vitesse n’ont pas encore été établies, mais le moniteur et l’architecte sont maintenant d’accord qu’au prés, la vitesse intrinsèque du nouveau Rebelle devrait passer de 6 à 7 ou 8 nœuds tandis qu’au portant, les 13 ou 14 nœuds maximum de l’ancienne version devraient passer à 16 ou 17 nœuds.

Par petit temps, il est vif

« Bon, d’accord, si le vent monte, il faudra plus vite rouler devant et sans doute aussi prendre un ris derrière, estime déjà Olivier Petit . Mais en école de voile, on est là justement pour apprendre de telles manœuvres ». Remarque à laquelle abonde volontiers le skipper-enseignant.

« Et à la barre, il est agréable, dit encore l’architecte . Par petit temps, il est vif, il réagit bien. Donc il devrait être bien réactif dans la brise, sans forcer trop sur les équilibres. Donc Camille avait raison : le bi-safran n’était peut-être pas utile. Et on y gagne en sécurité, comme il dit. »

Examen réussi, retour au port. Rebelle sera baptisé en grandes pompes samedi 30 mars au port du Kernevel de Larmor-Plage. Le temps de faire des vivres et de l’eau, il mettra ensuite le cap sur Vila Real de Santo António, près de Faro, au Sud du Portugal, où il entamera sa seconde carrière dans l’école « Voile In Portugal » qu’Aurélie et Camille ont commencé à installer là-bas.

C’est au Sud du Portugal que débuteront bientôt pour Rebelle les premières navigations-école.

« Tous les stagiaires seront les bienvenus, lance Camille mais nous visons surtout les Français installés là-bas – ils sont nombreux – et ceux d’ici qui voudraient aller naviguer là-bas. Il y a de nombreuses lignes aériennes très pratiques. »

« Cette côte de l’Algarve est top pour naviguer, ajoute-t-il. Et il y a Gibraltar pas loin si l’on veut se frotter aux navigations un peu techniques. Sans oublier la météo favorable  ! Là-bas, on navigue de bon cœur toute l’année ou presque. »

Retrouvez ci-dessous l’article de Voiles et Voiliers sur le bilan des années de travail de Camille sur le voilier le Rebelle.

Interview de Nicolas Fichot réalisée en Mars 2019 lors d’une sortie en mer avec l’architecte du bateau Olivier Petit.

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